Interview d’Isabelle Autissier, sur les traces de l’histoire patagonne

Isabelle Autissier©Manuel BraunC’est en 2009 que la célèbre navigatrice Isabelle Autissier – première femme à avoir accompli un tour du monde en compétition – publie son premier roman Seule la mer s’en souviendra, inspiré d’un fait réel. Avec L’amant de Patagonie, elle plonge davantage dans la fiction, et nous raconte une histoire d’amour impossible, à l’autre bout du monde…

Comment est né L’amant de Patagonie ? Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce roman ?

Depuis 7 ans, je navigue à partir d ‘Ushuaia. A l’occasion de ballades maritimes, j’ai pu observer les quelques restes (petits creux dans les dunes qui sont des traces de huttes, pointes de flèches, amas de coquilles…) des civilisations Yamanas et Alakaluffs. Forcément, l’imagination dérive sur ces peuples capables de vivre dans des conditions qui nous apparaissent extrêmes aujourd’hui. Je me suis intéressée à eux et à leur disparition si rapide.

l'amant de patagonie Pourquoi avoir choisi la Patagonie comme cadre pour cette confrontation entre colons et indiens, une histoire qui s’est répétée un peu partout sur le continent américain ?

C’est la région que je connais le mieux et en revanche, peu de gens ont connaissance de ces peuples. C’est une façon de leur rendre justice.

Quel est votre rapport avec la nature que vous décrivez, à la fois fascinante et effrayante ?

Pour moi, la nature n’est ni une alliée ni une ennemie. Elle est, tout simplement, et je dois composer avec elle pour arriver à mes buts. Ce qui suppose de la regarder, de la comprendre et de s’adapter. Il me semble que c’est l’attitude à adopter dans toutes nos activités humaines, même en dehors de la navigation.

Votre héroïne Emily vit une expérience quasi-mystique, une communion extrême avec la nature. Avez-vous déjà ressenti un sentiment aussi puissant ?

Non, et je n’ai pas la fibre mystique. Mais la force de cette nature me parait pouvoir inciter à ce genre de comportement. C’est aussi une façon de se rapprocher du point de vue des indiens qui se percevaient comme partie intégrante de la nature (et non supérieurs à elle) et pour qui il était naturel de parler avec les plantes et les animaux.

ushuaia

Comment avez-vous abordé le côté historique du roman, notamment la façon de vivre de ces populations indiennes disparues depuis ?

J’ai travaillé pendant deux ans pour lire ce qui pouvait avoir été écrit sur ces peuples grâce au travail des premiers ethnologues de la fin du 19ème et début 20ème. Il existe quelques ouvrages en anglais et en espagnol. J’ai ensuite fait relire mon manuscrit par un historien spécialiste de la Patagonie.

Que vous apporte l’écriture de fictions ?

La fiction, c’est la liberté totale, à partir d’une page blanche et des idées que je veux mettre en scène. J’ai toujours aimé libérer mon imagination. Cela demande une grosse implication personnelle, même si ce n’est pas autobiographique. Il faut oser se projeter dans l’intimité des personnages que l’on crée.

 

Crédits photos : Manuel Braun; Grasset; Ground.zero.

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